Les pumas de Bécon-les-Bruyères

Jacques J. Delacroix, Santa Cruz, Californie

jdelacroixliberty@gmail.com

This is just a long short story that I wrote. No news content, little intellectual relevance.It’s about mountain lions, especially suburban mountain lions.  JD

Mon neveu français, qui aime la Californie, hésite à y venir camper avec sa famille parce que j’ai eu le malheur de mentionner nos pumas devant lui. Comme j’y habite depuis plus de trente ans, j’ai à coeur de le rassurer en lui présentant les fait tels qu’ils sont, tous nus. D’abord, il faut savoir de quoi on parle, bien sûr: Le puma est un grand carnivore qu’on appelle communément en Anglais: “mountain lion”, et aussi, “cougar”. (Il y a d’autres noms régionaux.) Il ne faut pas dramatiser: Il y a plus de pumas en Californie qu’en Ile-de- France mais ce ne sont pas vraiment des “lions”. Voici la réalité.

Les pumas sont présents dans tout l’ouest des Etats-Unis, c’est-à-dire, partout à l’ouest du Mississipi. Il en est aussi en Floride, sous un autre nom. Il y a même de bonnes raisons de penser que le territoire de ce beau carnivore est en train de s’étendre vers l’est. Des habitants du Vermont, à l’extrême nord-est du pays en ont signalés mais l’équivalent américain des Eaux-et-Forêts n’a pas confirmé, au moins jusqu’ici.

Mais revenons à nos moutons (si je puis dire, expression malencontreuse, peut-être!) Les pumas adorent la Californie, comme presque tout le monde d’ailleurs, et ils y sont de plus en plus nombreux. Les causes de cette préference sont d’ordre à la fois écologique et politique. D’abord, et bien que la chasse au chevreuil soit légale en Californie en genéral, les municipalités et les cantons (“counties”), animés par un souci de respect de l’environnement, y mettent de plus en plus d’entraves, Ceci sous forme de réglementations diverses dont certaines concernent simplement la décharge des armes à feu.

Les résultats de cette politique sont évidents: Dans les zones montagneuses sans grosse population, tout chasseur est bien forcé de mériter son chevreuil.

Cela demande de l’effort et de la perséverance. Il faut être en bonne forme physique pour même en ajuster un. Par contre, dans la bande côtière où se concentre le gros de la population californienne, les chevreuils pullulent. Ils fréquentent assidûment les terrains de golf, ces riches pâturages sans cesse renouvellés. Mais on les rencontre aussi à tout bout de champs dans les parcs semi-urbains, dans les squares urbains, et broutant les jardins privés.

Je me rends compte que je vai preter a rire mais j’ai moi-même été menacé, dans mon propre jardin, par un chevreuil de bonne taille qui ne souhaitait pas abandonner mes primeroses. Cet évènement inoubliable ne s’est pas déroulé au fin fond de la forêt mais dans une bande de densité suburbaine normale serrée entre un terrain de golf et la falaise côtière. Il y avait un supermarché et une banque, plus une librairie, à trois minutes de voiture. Bref, une foule de chevreuils réside en zone habitée, grace aux efforts des verts et des verdoyants. Cest vrai par chez moi, à Santa Cruz, à une heure et demie de voiture au sud de San Francisco; c’est vrai partout.

Que mangent donc les pumas? Un peu de tout, mais mettez-vous à leur place: Un seul chevreuil de corpulence moyenne donne à diner pendant une semaine ou plus et il n’est pas plus difficile à attrapper qu’un petit lapin. Donc, plus il y a de chevreuils, plus il y a de pumas. Là où sont les chevreuils, viennent les pumas, immanquablement. Il y a pire.

Fermement guidé par les sensibilités à fleur de peau de ses électeurs de plus en plus urbains et donc, de plus en plus verts, il y a à peu près dix ans, l’ Etat de Californie a proscrit la chasse au puma.On peut néanmoins supprimer sans permis un puma surpris en flagrant délit d’attaque d’humains, ou d’animaux domestiques. Mais, pour y parvenir, il faudrait se balader le fusil en bandoulière des nuits entières, avec des chances minimes de succès. Je ne serais pas autrement étonné que certains propriétaires terriens excédés se mettent à appâter discrètement: une carcasse de poule par-ci, trois boîtes de nourriture pour chat defoncées par-là.

Encore une fois, il faut se mettre à la place du puma:

“Là-bas près de la ville, les chevreuils sont tellement les uns sur les autres qu’il s’y bousculent; même pas besoin de viser pour s’en faire un. En plus, j’y cours moins de risques qu’en rase campagne, où les ruraux ont la vue bien aiguisée, l’oeil attentif et le coup de fusil facile. Je deménage; c’est décidé; je quitte la forêt ou le maquis, la montagne pour m’installer en banlieue. Y’en a mare de la vie dure de la campagne; je vais me la couler douce à Bécon-les-Bruyères.”

De plus, les pumas ont chacun besoin d’un vaste territoire, d’ au moins 100 kilomètres carrés par animal. Mais. quand one se mutiplie, il faut bien s’agrandire, de toutes façons. Il y a plus: Là où on se nourrit facilement, quand la vie est belle, on fabrique beaucoup d’enfants et le plus grand nombre survit. Cela fait vite beaucoup de centaines de kilomètres carrés. Ce qui accélère encore le mouvement d’occupation des banlieues par les pumas.

Ceci dit, je ne souhaite pas dramatiser et risquer d’affoler la paysannerie avec mes histoires. En plus de trente ans en Californie, je n’ai vu qu’un seul puma, une seule fois. Cela s’est passé à deux heures du matin, sur une petite route dans les collines et cela a duré une seconde. La bête, traversant la route, a été prise dans le faisceau de mes phares. Elle a d’abord ralenti, comme surprise, puis elle a bondi dans les buissons de l’autre côté de la route. C’est tout.

Voici les fait tels que je les connais plus ou moins localement. Il y a quinze jours, un puma a été tué par une voiture et ramassé par les cantonniers. Cela se passait sur une trois-voies de montagne très passante, en plein jour, à un quart d’ heure de chez moi. Il y a trois semaines, un chèvre naine a été dévorée par un animal. Cela se passait aussi pas loin de chez moi mais dans les collines alors que j’ habite en ville. Les gardes-chasse de l’Etat déclarent que le coupable est un puma. Le propriétaire se construit derechef une enceinte de 2,5 m de haut pour protéger le reste de son arche de Noë. Une semaine plus tard, la petite soeur de la première chèvre est enlevée. On retrouve sa tête dans les parages. Les autorités confirment que seul un puma est capable de sauter aussi haut, sa proie entre les dents.

Il y a deux ans, un vigile, de garde la nuit sur le parking d’un grand centre commercial, prétend y avoir vu un puma. Comme cet homme-làétait tout seul, comme on ne fait pas carrière dans ce métier en sortant de Harvard, comme on ne sait pas ce qu’il avait fumé, je n’ai guère prêté attention. La nuit suivante, un autre vigile, puis un policier en patrouille automobile, signalent séparément un puma sur le même parking. Le policier était surement à jeun, sur tous les plans. (C’est un métier bien payé; on n’y fait pas le con.) Pas de suite. Cela s’est passé à un quart d’ heure de chez moi, en zone d’ habitation relativement dense, mais dans une deuxième direction.

Il y a environ quatre ans, un jogger, accompagné de son chien, déclare avoir été coursé en plein jour par un puma. C’était aussi à un quart d’heure de chez moi mais dans une troisième direction, sur le beau campus boisé de l’Université de Californie à Santa Cruz, en bordure d’une grande forêt. Je ne peux pas confirmer formellement ce dernier épisode car il n’a eu ni témoin, ni repétition. Pourtant, le jogger, un avocat d’une trentaine d’années, avec un réputation et une crédibilité locale à sauvegarder, n’était pas, à priori, un diseur de fadaises.

Il y a eu d’autres épisodes où des habitants de ma région immédiate ont dit avoir vu des pumas, de nuit, et même dans leurs box automobiles ouverts. Tout ceci est difficile à corroborrer car il est vrai qu’ il y a des gens qui disent n’importe quoi. Si ce n’était pas le cas, la politique ne serait pas ce qu’elle est, c’est évident.

Si on retourne plus loin en arrière et si l’on élargit son champs de vision géographique, les histoires de rencontres de pumas abondent. Pourtant, jusqu’ici, personne n’a été tué. Un jeune homme qui est paru à la télevison plusieurs fois a eu maille à partir au sud de la Californie alors qu’il faisait du vélo de montagne. Sa chaîne ayant sauté, il s’est arrêté et, fait important, il s’est accroupi pour la remettre en place. Un puma ambitieux lui a sauté sur le dos et lui a pris le crâne dans sa gueule. Les cris de sa compagne, assise sur son vélo et donc, paraissant plus grande, ont effrayé l’animal qui a lâché sa proie et s’est enfuit furieux. Le cycliste est sorti de l’affaire défiguré mais autrement en bonne santé. Le puma, lui, en est mort, pas de frayeur, d’une balle de fusil de garde-chasse.

Dans la même région, un couple troisième-age en promenade-nature se voit barrer la route par un puma rugissant. Le prédateur se saisit de la jambe du Pépé et commence à la broyer. La vieille dame, sans doute furieuse à l’idée de voir disparaitre cinquante ans d’investissement, saisit le fauve littéralement par la peau du dos et le secoue si fort, qu’il abandonne la partie. Le mari s’en tire avec de belles cicatrices sur une seule jambe et la certitude de perdre toutes les disputes conjugales à venir. Il y a encore mieux.

Ici, on construit souvent les écoles au grand air, à la lisière des agglomérations. Il n’est pas rare qu’elles soient donc situées directement sur les basses pentes des collines inhabitées et non-arables de la chaîne côtière. C’est pour cette raison peu-être qu’on signale souvent des pumas sur les terrains de jeux scolaires au petit jour. Il y a eu, il y a de ça plusieurs années, une rencontre pittoresque et affolante bambins/pumas. Cela se passait également quelquepart en Californie-sud. Vers dix heures du matin, une demi-douzaine de mères surveillaient leurs enfants en cour de récréation de jardin d’enfants. Un puma s’est approché, en pleine lumiere, et a tenté de se saisir d’un petit garçon de six ans. Alertées par les hurlements de ses camarades de jeux, les mères se sont alors jettées en escadron sur le fauve. De concert, elles l’ont menacé de leurs sacs-a-main ce qui a causé sa fuite. (A mon avis, le puma s’est trouvé, dans ce cas-là, plus éberlué qu’effrayé.)

On constate de nombreuses disparitions d’animaux familiers dans tout l’Etat. Pourtant, à moins d’identification formelle, il n’est pas raisonable de toujours blâmer les pumas. En effet, le nombre de coyottes est aussi en recrudescence près des agglomérations et même à l’intérieur de celles-ci. Il est évident que ces cousins très proches du loup qui effrayait nos ancêtres n’hésitent pas à se nourrir des compagnons de l’Homme laissés dehors trop tard le soir.

De plus, dans les régions montagneuses des Sierras, à cinq ou six heures à l’est de chez moi, prospèrent des milliers d’ours noirs qui sont aussi friands de chiens et de chats quand le besoin se fait sentir. Ceci n’arrive pas tellement souvent car ils préfèrent de loin les aliments humains et surtout les friandises sucrées. Ils savent d’ailleurs très bien se les procurer en enfonçant les portes, en passant par les fenêtres des résidences secondaires, et en brisant les pare-brises des voitures en stationnement. (Ce genre d’effraction survient plusieurs fois par semaine a Yosemite Park, par example.)

Voilà, c’est tout. Il ne faut ni exagérer ni dramatiser. Je ne mène pas vraiment une vie dangereuse (sauf quand je vais aux champignons, évidemment) bien que j’aie le sentiment de voisiner avec des grands fauves, au nord, au sud et a l’est. A l’ouest, se trouve le littoral et l’océan où croisent sans répit les grands requins blancs à la recherche de surfers inattentifs.

Mise a jour le 6 Fevrier 2010:  Il y a trois jours, deux freres qui se promenaient tranquillement ont ete menaces pas une paire de pumas, sans doute aussi des freres. Cela se passait dans un parc rural a vingt kilometres au nord de Santa Cruz  donc, rien a dire.

Mise a jour le 16 Aout 2013: Il y a un ruisseau canalise par du beton qui courre derriere l’officine de mon dentiste. Celle-ci se trouve au milieu d’un complexe medical, en pleine ville mais deserte la nuit. Il y a deux mois, la police municipale y a arrete un puma en bonne sante mais plus ou moins egare. Je ne me souviens pas de quoi il a ete inculpe. En fait, il a ete transporte vers la sierra a cinq heures de voiture dans une grande cage pour chien.

© Jacques Delacroix 2010

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About jacquesdelacroix

I am a sociologist, a short-story writer, and a blogger (Facts Matter and Notes On Liberty) in Santa Cruz, California.
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6 Responses to Les pumas de Bécon-les-Bruyères

  1. Merci pour cet article très drôle! Pour des animaux soi-disant disparus, les cougars sont ominprésents. Pire que les Staliniens.

    Attention, typographie: des terres non arables (négation d’un adjectif, pas de trait d’union). Ne pas confondre avec le cas de la négation utilisée pour composer un nom (“le libéralisme est un non-sens”).

  2. It’s “More pedantic than *me*”.

  3. Pingback: Les pumas de Bécon-les-Bruyères « Notes On Liberty

  4. Pingback: Un autre puma | FACTS MATTER

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